Prévention santé chez les seniors : pourquoi c’est le meilleur investissement de votre mutuelle
Une mutuelle n’est pas faite uniquement pour « payer quand ça va mal ». Bien utilisée, elle sert aussi à éviter que les problèmes de santé ne deviennent graves… et coûteux.
À partir de 55-60 ans, certains bilans de santé deviennent essentiels. Bien souvent, ils sont pris en charge intégralement par l’Assurance maladie et complétés par la mutuelle. Pourtant, beaucoup de seniors les repoussent, par manque d’information ou par peur des résultats.
Résultat : des maladies détectées trop tard, des traitements plus lourds, des restes à charge plus élevés.
Dans cet article, nous allons passer en revue les bilans à ne pas négliger, comment ils sont remboursés, et surtout comment utiliser votre mutuelle pour les organiser sans faire exploser votre budget santé.
Prévention santé après 55 ans : ce qui change vraiment
Avec l’âge, certains risques de santé augmentent mécaniquement :
- maladies cardiovasculaires (hypertension, infarctus, AVC)
- cancers plus fréquents (sein, prostate, colon, poumon, peau…)
- problèmes de vision (cataracte, DMLA, glaucome)
- perte auditive progressive
- troubles métaboliques (diabète, cholestérol)
- risque de chute et perte d’autonomie
L’objectif de la prévention n’est pas de tout éviter (ce serait mentir), mais de :
- détecter tôt pour traiter plus simplement
- éviter les complications qui entraînent hospitalisations et soins lourds
- adapter votre mode de vie avec des actions concrètes
C’est là que votre mutuelle joue un rôle clé : de plus en plus de contrats seniors prévoient des forfaits de prévention encore trop peu utilisés.
Les bilans de santé à ne pas négliger quand on est senior
Voici les principaux examens à envisager régulièrement après 55 ans. Tous ne concernent pas tout le monde, mais ils sont à connaître pour en parler avec votre médecin traitant.
Le bilan cardiovasculaire
Pourquoi ? L’hypertension, le cholestérol ou des troubles du rythme peuvent passer totalement inaperçus… jusqu’au jour où ils provoquent un infarctus ou un AVC.
À prévoir :
- Prise de tension régulière
- Bilan sanguin (cholestérol total, HDL, LDL, triglycérides, glycémie…)
- Électrocardiogramme (ECG) si nécessaire, surtout en présence de symptômes ou de facteurs de risque
Fréquence conseillée : au moins un bilan complet tous les 1 à 2 ans, plus souvent en cas de facteurs de risque (tabac, surpoids, antécédents familiaux).
Exemple concret : Monsieur L., 63 ans, se sent « en forme ». Lors d’un bilan, sa tension est à 16/9, son cholestérol est élevé. Mise sous traitement, adaptation alimentaire. Sans ce bilan, il aurait pu faire un AVC quelques années plus tard, avec hospitalisation, rééducation et perte d’autonomie… beaucoup plus coûteuses pour lui et pour la collectivité.
Les dépistages de cancers organisés
En France, plusieurs dépistages sont proposés gratuitement ou presque, à partir d’un certain âge :
- Cancer du sein : mammographie tous les 2 ans pour les femmes de 50 à 74 ans. Invitation par courrier. Prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie dans le cadre du dépistage organisé.
- Cancer colorectal : test immunologique à domicile tous les 2 ans pour les personnes de 50 à 74 ans. Entièrement pris en charge.
- Cancer du col de l’utérus : frottis réguliers jusqu’à 65 ans (rythme selon l’avis médical).
Ce que change la mutuelle : si l’examen sort du cadre du dépistage « organisé » (ex : surveillance plus fréquente, consultation spécialiste, examens complémentaires), la mutuelle vient compléter le remboursement :
- sur la base de remboursement de la Sécurité sociale (ex : 100 %, 150 %, 200 %…)
- et parfois via des forfaits prévention pour certains examens non pris en charge (ou peu).
Le suivi de la vision et les bilans ophtalmologiques
La vision évolue avec l’âge : presbytie, cataracte, DMLA… autant de problèmes qui se traitent mieux s’ils sont repérés tôt.
À prévoir :
- Consultation chez l’ophtalmologiste tous les 2 ans (plus souvent en cas de pathologie connue)
- Bilan spécifique en cas de diabète (fond d’œil)
- Suivi si risque de glaucome (antécédents familiaux, tension oculaire élevée)
Exemple concret : Madame P., 68 ans, porte des lunettes depuis longtemps. Elle reporte ses visites chez l’ophtalmo, par « flemme ». Sa DMLA n’est diagnostiquée qu’au stade où sa vue baisse brutalement. Or, avec un suivi régulier, les injections intraoculaires auraient pu être mises en place plus tôt, limitant la perte de vision… et les difficultés du quotidien (conduite, lecture, autonomie).
Comment la mutuelle intervient :
- Remboursement des consultations ophtalmo (souvent au-delà du tarif Sécu, donc utile d’avoir 150 % ou 200 %)
- Prise en charge des lunettes et verres progressifs (forfaits qui peuvent être utilisés intelligemment en prévoyant le renouvellement)
Le bilan auditif
On sous-estime souvent la perte auditive. Pourtant, mal entendre, c’est :
- plus de fatigue
- risque de repli social
- augmentation du risque de chute
À prévoir :
- Consultation ORL en cas de gêne (répéter, augmenter le volume de la TV, difficulté en groupe)
- Test auditif chez un audioprothésiste (souvent gratuit)
Remboursement :
- Les audiogrammes sont en général remboursés sur la base de la consultation ORL.
- Les aides auditives bénéficient désormais de l’offre 100 % Santé sur certaines gammes : reste à charge zéro si vous choisissez des modèles éligibles.
- La mutuelle complète, voire améliore, ce reste à charge et le confort (modèles plus discrets ou plus performants selon le contrat).
Le bilan dentaire et parodontal
Gencives qui saignent, dents qui bougent, difficultés à mâcher : ce n’est pas « normal avec l’âge », c’est souvent le signe de problèmes à traiter.
À prévoir :
- Une visite annuelle chez le dentiste (au minimum)
- Un point particulier sur les gencives (détartrage, traitement parodontal si nécessaire)
- Une réflexion sur les prothèses dentaires (couronnes, bridges, implants) en cas de dents manquantes
Exemple concret : Monsieur B., 70 ans, perd progressivement plusieurs dents. Faute de suivi, il finit avec une mastication très difficile, une perte de poids, une fatigue générale. Les devis de prothèses complètes sont alors très élevés. Mieux valait intervenir progressivement, avec une mutuelle adaptée aux soins dentaires, plutôt que d’attendre que tout soit à refaire.
Rôle de la mutuelle :
- Prise en charge renforcée en dentaire sur la plupart des contrats seniors (pourcentage élevé et forfaits spécifiques)
- Offre 100 % Santé sur certaines prothèses (reste à charge zéro si vous restez dans le panier réglementé)
- Possibles forfaits prévention pour des soins type détartrage, bilan parodontal (à vérifier dans votre contrat)
Le dépistage du diabète et des troubles métaboliques
Le diabète de type 2 et les troubles métaboliques (excès de cholestérol, triglycérides) sont fréquents après 55 ans.
À prévoir :
- Bilan sanguin régulier (glycémie à jeun, HbA1c pour le suivi du diabète, profil lipidique)
- Surveillance du poids et du tour de taille
Ces examens sont aujourd’hui très bien remboursés par la Sécurité sociale, et la mutuelle intervient principalement en complément sur :
- les consultations de suivi (médecin traitant, diabétologue, nutritionniste selon le contrat)
- certains programmes d’accompagnement (éducation thérapeutique, diététique), parfois proposés directement par la mutuelle
Prévention des chutes et bilan de l’autonomie
La prévention, ce n’est pas que des analyses de sang et des radios. À partir d’un certain âge, il est utile de s’intéresser aussi :
- à votre équilibre
- à votre force musculaire
- à l’aménagement de votre logement
À évoquer avec votre médecin traitant :
- évaluation du risque de chute (tests simples en consultation)
- orientation vers un kinésithérapeute pour un travail d’équilibre
- demande de bilans à domicile (ergothérapeute, services d’aide) en cas de fragilité
Où intervient la mutuelle ?
- sur les séances de kiné (taux de remboursement, dépassements d’honoraires éventuels)
- via des services d’assistance inclus dans certains contrats seniors : aide-ménagère après hospitalisation, téléassistance, aménagement du logement…
Comment utiliser intelligemment sa mutuelle pour la prévention
Beaucoup de seniors paient une mutuelle sans en utiliser tous les avantages, notamment en prévention. Voici comment la rendre vraiment utile.
Identifier les actes pris en charge en prévention
Commencez par regarder votre tableau de garanties. Cherchez des rubriques comme :
- « Prévention »
- « Médecine préventive »
- « Forfait prévention »
- « Bilans de santé » ou « Check-up annuel »
Vous pouvez y trouver par exemple :
- un forfait annuel (ex : 80 € / an) pour des vaccins non remboursés, certains bilans, consultations de diététique, etc.
- la prise en charge de bilan de santé en centre spécialisé
- des actions de prévention (ateliers, webinaires, programmes en ligne) incluses dans le contrat
Un appel rapide à votre mutuelle peut vous éviter de passer à côté de prestations déjà incluses dans votre cotisation.
Organiser ses bilans sur l’année pour lisser les coûts
Tout faire la même année n’est pas forcément nécessaire ni optimal. Vous pouvez :
- répartir les grands bilans sur 2 ans (ex : ophtalmo année N, ORL année N+1, gros bilan sanguin chaque année…)
- programmer les examens les plus coûteux quand vos forfaits se renouvellent (généralement au 1er janvier)
- anticiper les délai de rendez-vous (certains spécialistes ont 6 mois d’attente)
Un calendrier simple (papier ou numérique) avec les grandes dates de dépistage vous évite d’oublier… et de vous retrouver à tout concentrer sur quelques mois.
Négocier le bon niveau de garanties avec son assureur
Si vous êtes à l’aube de la retraite ou déjà retraité, votre contrat doit être adapté à vos besoins réels :
- du renforcé en optique et dentaire si vous savez que des travaux sont à prévoir
- une bonne couverture en hospitalisation (chambre particulière, dépassements) car les séjours ont tendance à être plus fréquents avec l’âge
- éventuellement, des options de prévention (bilan complet, médecines complémentaires utiles comme podologie, diététique selon votre profil)
À l’inverse, si vous êtes en très bonne santé et que vous consultez peu, une formule un peu moins chère mais bien calibrée sur la prévention et l’hospitalisation peut être plus pertinente qu’un « tout confort » que vous n’utilisez pas.
Erreurs fréquentes des seniors avec la prévention
En accompagnant des assurés, on retrouve souvent les mêmes pièges.
- Reporter les examens par peur du diagnostic : attendre ne fait pas disparaître un problème, ça le rend juste plus difficile (et plus cher) à traiter.
- Considérer qu’aller chez le médecin = être déjà malade : la médecine générale sert aussi à rester en bonne santé le plus longtemps possible.
- Ignorer les courriers de dépistage (mammographie, test colorectal) : ils sont pourtant parmi les meilleurs « retours sur investissement » en santé publique.
- Ne pas relire son contrat de mutuelle pendant 10 ans : vos besoins évoluent, votre garantie aussi doit être ajustée.
- Choisir sa mutuelle uniquement sur le prix : payer 10 € de moins par mois pour économiser 300 € à l’année, ce n’est pas toujours un bon calcul.
Transformer l’information en action : votre checklist prévention senior
Pour passer du principe à la pratique, voici une liste simple à utiliser :
- Ai-je fait un bilan sanguin complet (tension, diabète, cholestérol) dans les 12 à 24 derniers mois ?
- Ai-je répondu aux invitations de dépistage organisé (sein, colon, col de l’utérus) reçues par courrier ?
- Ma dernière consultation ophtalmo remonte à quand ? Plus de 2 ans ? Il est temps de prendre rendez-vous.
- Ai-je fait un contrôle dentaire au cours des 12 derniers mois ?
- Est-ce que je fais répéter souvent mes proches ou j’augmente le son de la TV ? Si oui, ai-je prévu un bilan auditif ?
- Mon médecin traitant m’a-t-il déjà parlé de risque de chute ou de perte d’autonomie ? Si non, ai-je abordé le sujet avec lui ?
- Ai-je lu récemment mon tableau de garanties de mutuelle, notamment les rubriques « prévention » et « services d’accompagnement » ?
- Suis-je certain d’utiliser mes forfaits annuels (optique, dentaire, prévention) avant leur date de renouvellement ?
- Ma mutuelle est-elle adaptée à mon âge et à mon état de santé actuel, ou est-ce un vieux contrat gardé « par habitude » ?
La prévention n’est pas un luxe : c’est souvent ce qui permet de profiter plus longtemps de sa retraite, avec un budget santé sous contrôle. Votre mutuelle peut être un vrai levier pour cela, à condition de la voir comme un outil à utiliser, et non comme une simple dépense subie.