Partir vivre à l’étranger, c’est souvent un projet excitant : nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle vie… mais aussi nouveau système de santé. Et là, les choses se compliquent vite. Votre mutuelle actuelle vous couvre-t-elle encore ? Faut-il adhérer à la CFE ? Prendre une assurance privée ? Garder sa mutuelle française « au cas où » ?
L’enjeu est simple : éviter de découvrir, au moment d’une hospitalisation ou d’un accident, que vous êtes très mal remboursé… voire pas du tout. Dans cet article, on va remettre de l’ordre dans tout ça, étape par étape, avec des exemples concrets.
Pourquoi votre mutuelle française ne suffit pas à l’étranger
Premier réflexe de beaucoup de futurs expatriés : « Ma mutuelle rembourse déjà à l’étranger, non ? » La réponse, dans la grande majorité des cas, est : seulement de manière très limitée.
La plupart des contrats de mutuelle française sont pensés pour compléter la Sécurité sociale… en France. Deux limites majeures apparaissent dès que vous partez vivre ailleurs :
- Limite de durée : les garanties à l’étranger sont souvent prévues pour des séjours temporaires (vacances, déplacements pros), pas pour une installation sur plusieurs mois ou années.
- Limite géographique : certains contrats couvrent l’Union européenne, mais pas le reste du monde, ou prévoient des plafonds spécifiques (par exemple un maximum de 15 000 € pour les soins hors Europe).
Autre point clé : si vous n’êtes plus affilié à la Sécurité sociale française (ce qui est souvent le cas quand on part longtemps), votre mutuelle « classique » n’a plus de base de remboursement sur laquelle s’appuyer. Résultat : elle peut ne plus rien rembourser du tout, même si vous payez encore vos cotisations.
Exemple concret : vous partez vivre un an au Canada. Une consultation chez un généraliste coûte facilement 80 à 100 CAD. Sans couverture locale ni assurance internationale, chaque visite, chaque prise de sang, chaque radio est intégralement à votre charge. Votre ancienne mutuelle française, qui remboursait très bien en France, ne vous servira quasiment à rien.
Les grandes options de couverture santé à l’étranger
En pratique, trois grandes familles de solutions s’offrent à vous :
- La couverture du pays d’accueil (système public + éventuelle complémentaire locale)
- La Caisse des Français de l’Étranger (CFE)
- Les assurances santé internationales / mutuelles pour expatriés
On peut aussi combiner ces solutions, selon votre profil et votre pays de destination.
Pour simplifier, posons quelques profils types :
- Étudiant en échange de 6 à 12 mois : pays avec assurance étudiante obligatoire ? Carte européenne d’assurance maladie (CEAM) suffisante ? Assurance universitaire ?
- Salarié détaché : maintien au régime français possible, souvent via votre employeur, avec une complémentaire spécifique.
- Expatrié « classique » (CDI local) : sortie du régime français, affiliation obligatoire au système local + assurance internationale fortement recommandée.
- Retraité qui s’installe hors de France : cas souvent plus complexe, avec intérêt particulier pour la CFE + complémentaire.
L’important est de bien comprendre que la « bonne » solution dépend de votre statut, du pays et de la durée de séjour. Il n’y a pas de réponse unique, mais une méthode pour choisir.
Les bonnes questions à se poser avant de choisir sa solution
Avant même de comparer des devis, prenez 10 minutes pour répondre très honnêtement aux questions suivantes :
- Où partez-vous ? Pays à coût de santé élevé (États-Unis, Canada, Suisse, Singapour…) ou modéré (Europe du Sud, certains pays d’Asie ou d’Amérique latine) ?
- Combien de temps ? Séjour d’un semestre, contrat de 2 ans, installation durable ?
- Seul ou en famille ? Une famille avec deux enfants n’a pas du tout le même niveau de risque (pédiatre, urgences, lunettes, orthodontie) qu’un jeune diplômé en PVT.
- Avez-vous des antécédents médicaux ? Une maladie chronique (diabète, hypertension, asthme) doit être mentionnée : certains contrats excluent ou majorent ces risques.
- Votre budget maximum par mois ? Une bonne couverture internationale peut coûter de 80 à 250 € / mois selon l’âge, la zone géographique et les options.
- Souhaitez-vous pouvoir revenir vous faire soigner en France ? Certains contrats prévoient des garanties France / monde, d’autres non.
Plus vos réponses sont précises, plus vous évitez les mauvaises surprises au moment du devis.
Zoom sur la Caisse des Français de l’Étranger (CFE)
La CFE est souvent présentée comme la « Sécurité sociale des expatriés ». Ce n’est pas une mutuelle, mais un régime de base qui vous permet de conserver une couverture proche de celle de la Sécu française, tout en vivant à l’étranger.
En pratique, la CFE :
- Rembourse vos soins à l’étranger sur la base des tarifs français (avec quelques adaptations selon les pays).
- Permet un maintien de droits en France, utile en cas de retour ou de soins programmés en France.
- Se combine très bien avec une mutuelle / assurance complémentaire spécifique aux expatriés.
Limite importante : si vous vivez dans un pays où la santé est très chère (États-Unis, par exemple), un remboursement sur la base des tarifs français laissera un gros reste à charge. Exemple :
- Hospitalisation avec facture de 20 000 $ aux États-Unis.
- Tarif français équivalent : 3 000 €.
- La CFE rembourse sur la base française (par exemple 80 % de 3 000 €), soit 2 400 €.
- Il vous reste 17 600 $ à payer… d’où l’intérêt d’une complémentaire internationale.
La CFE est souvent pertinente :
- Pour les retraités qui souhaitent garder un lien fort avec le système français.
- Pour les expatriés installés dans des pays au coût de santé raisonnable.
- Pour ceux qui envisagent des allers-retours fréquents, avec soins dans plusieurs pays.
Mutuelle internationale / assurance expatrié : comment ça marche ?
Les assurances santé internationales (parfois appelées « mutuelles expatriés ») sont des contrats privés, pensés spécifiquement pour couvrir :
- Vos consultations, médicaments, examens, hospitalisations dans le pays d’accueil.
- Éventuellement, vos soins dans d’autres pays (y compris en France) selon les options.
- Le rapatriement sanitaire et certaines assistances (très important dans les pays avec une offre médicale limitée).
Les garanties sont souvent organisées en modules :
- Soins courants (médecin, pharmacie, analyses…)
- Hospitalisation
- Maternité
- Optique et dentaire
- Assistance / rapatriement
Vous pouvez ajuster ces modules en fonction de vos besoins. Par exemple, un jeune actif sans problème de vue ni de dents pourra limiter l’optique/dentaire, alors qu’une famille avec adolescents aura intérêt à bien couvrir l’orthodontie.
Exemple chiffré : homme de 35 ans, expatrié au Mexique, sans antécédent majeur :
- Formule basique (soins courants + hospitalisation, plafonds corrects) : autour de 80–100 € / mois.
- Formule plus complète (ajout d’optique, dentaire, meilleure prise en charge maternité) : 130–160 € / mois.
Les points à vérifier de près dans le contrat :
- La zone géographique : certains assureurs distinguent « Monde hors USA » et « Monde avec USA ». Avec les États-Unis inclus, le tarif grimpe fortement.
- Les plafonds annuels : un plafond global de 200 000 € / an n’a pas le même niveau de sécurité qu’un plafond à 1 000 000 € / an, surtout en Amérique du Nord ou en Asie du Nord.
- Les franchises : une franchise annuelle (par exemple 500 €) signifie que vous payez les premiers 500 € de soins avant déclenchement des remboursements.
- Les délais de carence : la maternité, par exemple, est souvent couverte après 8 à 12 mois d’adhésion.
- Les exclusions : sports à risque, certaines pathologies psychiques, traitements esthétiques, etc.
Garder, adapter ou résilier sa mutuelle française ?
C’est une question qui revient souvent : faut-il conserver sa mutuelle française en plus d’une CFE ou d’une assurance internationale ?
Quelques cas fréquents :
- Vous sortez complètement du régime français (expatrié avec contrat local) : dans la plupart des cas, garder une mutuelle française « classique » ne sert plus à rien. Elle ne pourra pas compléter un régime étranger.
- Vous êtes détaché et restez affilié à la Sécurité sociale française : là, votre mutuelle d’entreprise peut continuer à jouer son rôle, mais vérifiez bien les conditions de prise en charge à l’étranger (durée, pays, plafonds).
- Vous envisagez un retour en France à court terme : certaines personnes choisissent de garder une mutuelle française si elles reviennent régulièrement pour des soins programmés (dentaire, optique, suivi médical spécifique). Mais cela a un coût, et il faut vérifier que le contrat accepte ce type de situation.
Dans tous les cas, prévenez votre mutuelle de votre changement de situation. Ne rien dire en espérant être couvert à l’étranger est une très mauvaise stratégie : en cas de gros sinistre, l’assureur vérifiera votre résidence réelle.
Cas pratiques : étudiant, famille, retraité
Pour rendre les choses plus concrètes, regardons trois cas fréquents.
1. Étudiant en échange universitaire en Espagne (9 mois)
- Vous restez rattaché à la Sécurité sociale française et bénéficiez de la Carte européenne d’assurance maladie.
- Vos soins en Espagne sont pris en charge par le système espagnol, selon ses règles.
- Votre mutuelle française étudiante ou classique peut continuer à compléter.
- Une assurance complémentaire spécifique voyage/études peut être utile pour le rapatriement, la responsabilité civile, etc.
2. Famille avec deux enfants qui part vivre au Canada (CDI local)
- Vous sortez du régime français et rejoignez le système canadien (public + complémentaire via l’employeur, selon la province).
- La CFE peut être envisagée, mais ne suffira pas seule à couvrir les coûts locaux.
- Une assurance santé internationale familiale devient quasi indispensable, surtout pour l’hospitalisation, les urgences et les soins lourds.
- Bien vérifier les garanties pour les enfants (vaccins, pédiatrie, orthodontie) et pour la maternité si un troisième enfant est envisagé.
3. Retraité qui s’installe au Portugal
- Vous conservez votre pension française et restez affilié à un régime français, mais vous vivez principalement au Portugal.
- Adhérer à la CFE permet de garder un cadre de remboursement connu et une certaine continuité.
- Une complémentaire spécifique CFE + Portugal peut prendre en charge le reste à charge, les dépassements d’honoraires, l’optique, le dentaire.
- Points de vigilance particuliers : prise en charge des maladies chroniques, des hospitalisations et, à terme, de la dépendance.
Checklist avant de signer votre contrat
Pour transformer toutes ces informations en décisions concrètes, voici une série de points à vérifier et de questions à poser aux assureurs (ou courtiers) avant de choisir :
- Statut et durée : Mon contrat est-il bien adapté à mon statut (étudiant, salarié local, détaché, retraité) et à la durée réelle de mon séjour ?
- Pays et zones couvertes : Le pays où je vis est-il bien inclus ? Les États-Unis sont-ils couverts ou exclus ? Suis-je couvert lors de voyages dans d’autres pays ?
- Base de remboursement : Le contrat rembourse-t-il sur la base des tarifs français (comme la CFE) ou sur les frais réels dans le pays d’accueil ?
- Plafond annuel : Quel est le montant maximal remboursable par an et par personne ? Est-il suffisant au vu du coût local de la santé ?
- Hospitalisation : Y a-t-il une prise en charge à 100 % des frais hospitaliers ? Avec quel plafond ? Nécessité d’accord préalable ?
- Franchise : Y a-t-il une franchise par acte, par année, par hospitalisation ? À combien s’élève-t-elle ?
- Carence : Existe-t-il des délais de carence (en particulier pour la maternité, l’optique, le dentaire) ?
- Rapatriement : L’assistance rapatriement est-elle incluse ? Avec quelles conditions (retour en France, choix du pays de rapatriement, accompagnement) ?
- Maladies préexistantes : Mes antécédents médicaux sont-ils couverts ? Y a-t-il des exclusions ou des surprimes ?
- Mode de remboursement : Faut-il avancer les frais ? Les remboursements sont-ils rapides ? Existe-t-il une carte de tiers payant dans certains hôpitaux ?
- Langue et service client : Puis-je joindre un conseiller en français ou en anglais en cas d’urgence ? Application mobile, espace client en ligne ?
- Évolution future : Que se passe-t-il si je change de pays, de statut (salarié, freelance) ou si je rentre en France ? Le contrat est-il transférable ou modifiable ?
Pour finir, gardez en tête que la meilleure mutuelle à l’étranger est celle que vous comprenez vraiment. Un contrat légèrement moins « riche » mais parfaitement clair vaut souvent mieux qu’une offre bardée de garanties que vous ne maîtrisez pas. Prenez le temps de demander des explications, de comparer plusieurs devis et de vous projeter dans des situations concrètes : une opération imprévue, un enfant malade la nuit, un retour en France pour traiter un problème plus lourd.
C’est en anticipant ces scénarios, sur le papier, que vous éviterez les mauvaises surprises… dans la vraie vie.