Depuis 2016, la mutuelle d’entreprise est devenue quasi automatique pour la plupart des salariés. Au point qu’on a parfois l’impression qu’on n’a plus le choix. Pourtant, il existe bien des situations où l’on peut la refuser légalement… mais pas n’importe comment, et surtout pas sans conséquences possibles pour votre couverture santé.
Peut-on refuser une mutuelle entreprise ? La réponse est : oui, mais uniquement dans certains cas précis, avec des justificatifs à l’appui, et en comprenant bien ce que cela implique pour votre budget santé.
Mutuelle d’entreprise : ce qui est vraiment obligatoire (et ce qui ne l’est pas)
Depuis l’Accord National Interprofessionnel (ANI), la règle générale est simple :
Tout employeur du secteur privé doit proposer une complémentaire santé collective à ses salariés, et la financer au moins à 50 %.
Conséquence directe :
Mais la loi a prévu des exceptions, qu’on appelle des cas de dispense. Ce sont les seules portes de sortie légales pour refuser une mutuelle entreprise.
Important : ce n’est pas parce que votre situation entre dans un cas de dispense que vous êtes automatiquement dispensé. Dans la plupart des cas, vous devez :
Dans quels cas peut-on refuser une mutuelle d’entreprise ?
Les cas de refus possibles sont listés dans les textes (Code de la Sécurité sociale, accords collectifs) et, parfois, dans l’acte qui met en place la mutuelle dans l’entreprise (décision unilatérale, accord de branche…). On peut les regrouper en quelques grandes familles.
Vous êtes déjà couvert par ailleurs
Vous pouvez refuser la mutuelle d’entreprise si vous bénéficiez déjà d’une couverture obligatoire par une autre mutuelle collective, par exemple :
Dans ce cas, la logique est simple : la loi évite de vous imposer deux mutuelles d’entreprise obligatoires en même temps.
À savoir : ce cas de dispense n’est possible que si la mutuelle du conjoint (ou de l’autre employeur) est elle-même obligatoire. Si votre conjoint a simplement souscrit une mutuelle individuelle de son côté, cela ne permet pas de refuser automatiquement la vôtre.
Vous avez déjà une mutuelle individuelle… mais jusqu’à son échéance seulement
Autre situation fréquente : vous aviez déjà une mutuelle individuelle avant votre embauche, ou avant la mise en place de la mutuelle dans votre entreprise.
La loi prévoit alors une dispense possible :
Concrètement, cela vous évite de payer deux mutuelles en même temps sur plusieurs mois. Mais ce n’est pas une dispense définitive.
Cas typique : vous êtes embauché en CDI en mars, votre mutuelle actuelle se renouvelle en décembre. Vous pouvez demander une dispense jusqu’au 31 décembre, puis rejoindre la mutuelle d’entreprise à partir de janvier (sauf autre cas de dispense valable).
Vous avez une couverture spécifique : CSS, AME, régime local…
Certains régimes vous donnent droit à une dispense :
Ces situations sont plus techniques ; il est préférable de vérifier avec le service RH ou la convention collective ce qui est explicitement prévu.
Votre contrat de travail est « particulier » : CDD, temps partiel, apprentis
La loi prévoit des cas de dispense possibles selon la durée du contrat et la durée du travail. Les plus fréquents :
Attention : ces cas de dispense ne sont pas toujours « automatiques ». Ils doivent être prévus par l’acte qui institue le régime dans l’entreprise (accord collectif, décision unilatérale, etc.). Deux entreprises dans le même secteur peuvent donc appliquer des règles différentes sur ce point.
Cas à part : la mutuelle mise en place avant votre arrivée
Dans certains cas, si la mutuelle obligatoire a été mise en place dans l’entreprise avant le 1er janvier 2016 (date de généralisation), il est possible que le texte d’origine ait prévu que certains salariés présents à l’époque pouvaient refuser.
Mais ce cas joue surtout pour les « anciens » salariés lors de la création du contrat. Pour un salarié embauché aujourd’hui, cette dispense historique n’est généralement plus applicable.
Quels justificatifs pour refuser une mutuelle d’entreprise ?
Pour que votre refus soit valable, un simple « je n’en veux pas » ne suffit pas. Vous devez fournir un justificatif adapté à votre situation. Quelques exemples concrets :
Dans tous les cas, il est fortement recommandé de :
Un simple échange oral au détour d’un couloir n’est pas suffisant : en cas de contrôle ou de litige, seul un document écrit pourra prouver que vous avez demandé la dispense dans les règles.
Refuser une mutuelle entreprise : quels risques pour vous ?
Avant de signer votre demande de dispense, il est essentiel de bien mesurer les conséquences pour votre santé et votre budget. Refuser la mutuelle d’entreprise peut sembler intéressant à court terme (surtout si la cotisation paraît élevée), mais il existe plusieurs risques concrets.
Moins de remboursements sur vos soins
Si vous renoncez à la mutuelle entreprise sans avoir une autre complémentaire solide derrière, vous prenez le risque de :
Exemple concret : vous refusez la mutuelle d’entreprise et gardez une vieille mutuelle individuelle entrée de gamme à 20 € par mois. Résultat :
Perdre la part payée par l’employeur
Dans une mutuelle d’entreprise, au moins 50 % de la cotisation est financée par l’employeur. Souvent plus pour certains postes (cadres, anciens salariés, etc.).
En refusant la mutuelle collective, vous perdez cette participation patronale. Pour obtenir une couverture équivalente avec une mutuelle individuelle, vous devrez généralement :
Ce point est facilement vérifiable : demandez à voir le tableau des garanties et la part salariale de la cotisation, puis comparez avec un devis de mutuelle individuelle équivalente.
Risque en cas de contrôle ou de refus de prise en charge
Si vous refusez la mutuelle sans respecter les cas de dispense prévus par la loi ou par l’accord d’entreprise, vous vous exposez à :
Ce n’est pas parce que l’employeur accepte à la légère votre demande orale que votre dispense est forcément « légale ». En cas de contrôle, ce sera la conformité aux textes qui primera, pas le « on m’avait dit que c’était bon ».
Et si vous changez d’avis ? Peut-on rejoindre la mutuelle plus tard ?
Autre question très fréquente : « Si je refuse aujourd’hui, est-ce que je pourrai adhérer plus tard ? »
Dans la plupart des régimes collectifs, il y a des périodes d’adhésion possibles :
Mais attention : l’adhésion n’est pas toujours possible à tout moment au choix du salarié. Il faudra souvent attendre le prochain « événement » ouvrant droit à affiliation.
Exemple : vous refusez la mutuelle en septembre car vous êtes ayant droit sur la mutuelle de votre conjoint. Deux ans plus tard, vous vous séparez. Vous pourrez alors demander à rejoindre la mutuelle d’entreprise, mais :
Cas pratique : quand refuser la mutuelle d’entreprise peut avoir du sens
Refuser une mutuelle d’entreprise n’est pas toujours une mauvaise idée. Dans certains cas, c’est même rationnel.
Exemple 1 : CDD très court avec mutuelle déjà en place
Vous avez un CDD de 2 mois, et une bonne mutuelle individuelle en cours, ou êtes déjà couvert par la mutuelle obligatoire de votre conjoint. Adhérer pour 2 mois à la mutuelle de l’entreprise :
Dans ce cas, si la dispense est prévue dans votre situation, refuser peut être cohérent.
Exemple 2 : mutuelle entreprise nettement moins intéressante que celle du conjoint
Votre conjoint travaille dans une grande entreprise qui propose :
Votre propre employeur, lui, propose une mutuelle minimale, chère, avec des garanties moyennes.
Si vous pouvez être ayant droit à titre obligatoire sur la mutuelle du conjoint, et que la dispense est prévue, il peut être plus judicieux :
Les erreurs fréquentes à éviter
Avant de signer un refus, quelques pièges classiques sont à connaître :
Checklist : les questions à vous poser avant de refuser la mutuelle de votre entreprise
Avant de remettre votre demande de dispense, prenez quelques minutes pour passer en revue ces points :
Si, après avoir répondu honnêtement à ces questions, refuser la mutuelle d’entreprise reste pour vous le meilleur choix, vous pourrez le faire en connaissance de cause, avec les bons justificatifs, et sans mauvaise surprise sur vos remboursements à venir.
