La loi Hamon pour les assurances appliquée à la mutuelle santé, ce que vous pouvez réellement faire

La loi Hamon pour les assurances appliquée à la mutuelle santé, ce que vous pouvez réellement faire

La loi Hamon pour les assurances appliquée à la mutuelle santé, ce que vous pouvez réellement faire

On lit souvent que la « loi Hamon » permet de résilier son assurance à tout moment après un an… et beaucoup de gens en déduisent que cela s’applique aussi à leur mutuelle santé. Dans les faits, c’est plus subtil que ça.

Bonne nouvelle : oui, vous pouvez aujourd’hui changer de mutuelle bien plus facilement qu’avant. Mauvaise nouvelle : ce n’est pas grâce à la loi Hamon, mais à un autre dispositif, souvent confondu, la résiliation infra-annuelle mise en place fin 2020.

Alors, qu’est-ce que vous pouvez réellement faire avec votre mutuelle santé ? Que dit exactement la loi ? Et comment en profiter pour payer moins cher sans perdre en garanties ?

Loi Hamon, résiliation infra-annuelle… qui fait quoi exactement ?

Avant de parler pratique, il faut clarifier les termes. Deux textes se croisent souvent dans les articles et les publicités :

La loi Hamon (2014) concerne :

  • les assurances auto
  • les assurances moto
  • les assurances habitation
  • certaines assurances affinitaires (assurance téléphone, par exemple)
  • Elle permet, pour ces contrats-là :

  • de résilier à tout moment après 1 an de contrat
  • sans frais ni pénalité
  • avec obligation pour le nouvel assureur de s’occuper des démarches (auto, moto, habitation)
  • Mais la loi Hamon ne s’applique pas directement aux mutuelles santé.

    Pour la santé, c’est un autre dispositif, entré en vigueur en décembre 2020 :

    La résiliation infra-annuelle des complémentaires santé (RIA) permet :

  • de résilier votre mutuelle à tout moment, après 1 an de contrat
  • sans frais ni pénalité
  • sans avoir à attendre l’échéance annuelle
  • En pratique, le résultat ressemble à ce que fait la loi Hamon pour l’auto ou l’habitation, mais le fondement juridique est différent.

    Ce qui compte pour vous n’est pas le nom du texte, mais ce qu’il vous autorise à faire.

    Ce que vous pouvez faire aujourd’hui avec votre mutuelle santé

    Depuis la mise en place de la résiliation infra-annuelle, vous avez trois grandes possibilités très concrètes :

    1. Changer de mutuelle quand vous voulez… après la première année

    Vous n’êtes plus « coincé » jusqu’à la fameuse date d’échéance. Une fois la première année passée :

  • vous pouvez résilier n’importe quand
  • sans avoir à fournir de motif
  • sans subir de frais ou de pénalité
  • Exemple concret :

    Vous avez souscrit une mutuelle en mars 2023. À partir de mars 2024, vous pouvez :

  • résilier en avril, en juillet, en novembre… quand vous voulez
  • sans vous préoccuper de la date anniversaire du contrat
  • 2. Résilier facilement si les garanties ne vous conviennent plus

    Avant, beaucoup de personnes « subissaient » leur mutuelle pendant des années, même si :

  • les remboursements optiques étaient insuffisants
  • les soins dentaires étaient trop peu remboursés
  • les dépassements d’honoraires chez les spécialistes restaient très élevés
  • Désormais, si vous réalisez, après un devis chez le dentiste ou l’opticien, que votre complémentaire ne suit pas, vous pouvez :

  • chercher une offre mieux adaptée
  • résilier l’ancienne dès que la nouvelle est prête
  • 3. Faire jouer la concurrence plus souvent

    La grande force de cette réforme, c’est qu’elle évite l’effet « inertie » : on garde la même mutuelle 10 ans « par flemme » de changer. Aujourd’hui :

  • vous pouvez comparer chaque année
  • ajuster votre niveau de garanties en fonction de votre âge, de votre situation familiale, de vos besoins réels
  • Pour certains profils (jeunes actifs, familles avec enfants portant des lunettes, seniors avec gros besoins dentaires), l’écart de prix à garanties équivalentes peut atteindre plusieurs centaines d’euros par an.

    Ce que la loi Hamon et la RIA ne vous permettent pas de faire

    À l’inverse, il est utile de préciser ce qui reste impossible ou limité, malgré ces textes.

    Vous ne pouvez pas résilier librement avant la première année

    La règle est claire :

  • avant 12 mois de contrat : vous ne pouvez résilier que pour certains motifs précis (changement de situation, adhésion obligatoire à une mutuelle d’entreprise, etc.)
  • après 12 mois : résiliation à tout moment, sans motif
  • Vous ne pouvez donc pas changer de mutuelle « sur un coup de tête » après 3 mois juste parce que vous avez trouvé 3 € de moins ailleurs.

    Vous ne pouvez pas utiliser la loi Hamon pour une mutuelle d’entreprise obligatoire

    Si vous êtes salarié et que votre employeur vous impose une mutuelle collective obligatoire :

  • vous ne choisissez pas librement de l’arrêter
  • vous ne pouvez pas la résilier vous-même comme un contrat individuel
  • c’est l’employeur qui gère le contrat et ses éventuelles résiliations
  • La résiliation infra-annuelle s’applique surtout aux contrats individuels (indépendants, retraités, chômeurs, salariés qui ont refusé la mutuelle d’entreprise sous conditions, etc.).

    Vous ne pouvez pas résilier sans respecter un minimum de forme

    Résiliation « à tout moment » ne signifie pas « d’un simple coup de fil vite fait ».

    La plupart du temps, il faut :

  • envoyer un courrier ou un e-mail à votre assureur
  • ou passer par un formulaire en ligne sécurisé
  • Et surtout : attendre la prise d’effet, généralement dans un délai maximal d’un mois après réception. Pendant ce délai, les cotisations restent dues, mais vous êtes toujours couvert.

    Comment résilier votre mutuelle santé en pratique

    Passons au concret : comment faire, étape par étape, pour changer de complémentaire santé sans vous retrouver sans couverture ?

    1. Vérifiez la date de souscription de votre contrat

    Avant toute chose, regardez :

  • votre attestation de mutuelle
  • vos conditions particulières
  • ou votre espace client en ligne
  • Repérez la date d’effet de votre contrat. C’est à partir de cette date + 12 mois que vous pouvez résilier à tout moment.

    2. Choisissez d’abord la nouvelle mutuelle

    Il est fortement déconseillé de résilier d’abord, puis de chercher une nouvelle offre ensuite. Vous risquez :

  • un trou de couverture si les délais s’enchaînent mal
  • de devoir accepter dans l’urgence une mutuelle mal adaptée
  • Mieux vaut :

  • définir vos besoins (optique, dentaire, hospitalisation, médecines douces…)
  • faire des devis comparatifs
  • choisir un contrat
  • signer avec une date d’effet qui coïncide avec la fin de l’ancien contrat
  • Exemple : vous résiliez le 10 mai, effet de résiliation au 10 juin. Vous faites démarrer votre nouvelle mutuelle au 11 juin.

    3. Envoyez votre demande de résiliation

    Vous pouvez résilier :

  • par courrier recommandé (encore la méthode la plus « sûre »)
  • par simple e-mail si votre assureur l’accepte et le prévoit dans le contrat
  • via un formulaire en ligne sur votre espace client
  • Indiquez :

  • votre nom, prénom, adresse
  • votre numéro de contrat
  • la mention claire : « Je souhaite résilier mon contrat de complémentaire santé, conformément aux dispositions relatives à la résiliation infra-annuelle, à compter de la réception du présent courrier »
  • Votre assureur doit :

  • vous confirmer la bonne prise en compte
  • indiquer la date exacte de fin de contrat
  • 4. Attention aux mutuelles qui résilient pour vous (ou pas)

    Contrairement aux assurances auto ou habitation, il n’y a pas d’obligation générale pour la nouvelle mutuelle de gérer elle-même la résiliation de l’ancienne. Certains organismes le proposent par service commercial, d’autres non.

    Vérifiez donc bien :

  • si votre nouveau contrat propose la « résiliation pour le compte de l’assuré »
  • ou si vous devez tout faire vous-même
  • Dans le doute, ne comptez jamais entièrement sur le nouvel assureur, et gardez une preuve écrite de votre demande de résiliation.

    Les cas particuliers où vous pouvez résilier avant 1 an

    Il existe des situations où même avant la première année, vous pouvez demander la résiliation de votre complémentaire santé.

    On parle alors de changement de situation, par exemple :

  • vous adhérez à une mutuelle d’entreprise obligatoire
  • vous partez à l’étranger pour une longue durée
  • vous changez de régime de sécurité sociale (salarié → indépendant, par exemple)
  • vous prenez votre retraite et changez de type de couverture
  • Dans ces cas, vous devez :

  • informer votre assureur
  • justifier le changement (attestation employeur, justificatif de départ, etc.)
  • L’assureur ne peut pas refuser la résiliation si les conditions sont remplies.

    Exemple classique : vous étiez à votre compte avec une mutuelle individuelle, puis vous devenez salarié et votre nouvelle entreprise vous impose une complémentaire collective. Vous pouvez résilier votre contrat individuel, même si vous l’avez souscrit il y a seulement 6 mois.

    Changer de mutuelle : opportunité ou fausse bonne idée ?

    Avoir la liberté de résilier facilement ne signifie pas qu’il faut le faire à la moindre promotion aperçue sur Internet. Changer pour changer n’a pas d’intérêt.

    En revanche, il peut être très pertinent de revoir votre contrat dans plusieurs cas :

  • vous n’utilisez quasiment jamais votre mutuelle, et payez très cher pour des garanties haut de gamme inutiles
  • au contraire, vos dépenses de santé ont augmenté (lunettes fréquentes, orthodontie des enfants, prothèses dentaires…) et vos remboursements sont insuffisants
  • vous avez une mutuelle ancienne, peu compétitive, souscrite il y a plus de 5 ans, jamais renégociée
  • vous venez de changer de situation : retraite, arrivée d’un enfant, séparation, déménagement dans une zone avec beaucoup de dépassements d’honoraires…
  • L’objectif n’est pas de payer le moins cher possible à tout prix, mais de payer le juste prix pour des garanties adaptées.

    Exemple :

    Vous payez 120 €/mois pour une mutuelle couvrant fortement la chambre particulière à l’hôpital, mais vous n’avez jamais été hospitalisé depuis 15 ans et vos principaux frais concernent les lunettes de vos enfants. En ajustant les garanties, il est parfois possible :

  • de baisser à 90 € ou 100 €/mois
  • tout en améliorant les remboursements optiques
  • Les pièges à éviter quand on change de complémentaire santé

    La liberté de résiliation a un revers : certains acteurs du marché misent sur l’argument « changez quand vous voulez » pour attirer des clients, mais avec des contrats pas toujours solides derrière.

    Quelques points de vigilance concrets :

    1. Méfiez-vous des garanties « alléchantes » mal chiffrées

    Un contrat qui promet :

  • « 300 % sur l’optique »
  • « remboursement renforcé sur le dentaire »
  • n’est pas forcément meilleur qu’un autre. Il faut regarder :

  • la base de remboursement de la Sécurité sociale
  • le montant réel remboursé en euros
  • les plafonds annuels (par bénéficiaire)
  • Demandez toujours un exemple chiffré :

  • Combien reste-t-il à ma charge pour une monture à 200 € et des verres à 300 € ?
  • Et pour une couronne dentaire à 600 € ?
  • 2. Vérifiez les délais de carence

    Certaines mutuelles prévoient des périodes de carence sur certains postes :

  • optique
  • dentaire lourd (implants, prothèses)
  • maternité
  • Pendant cette période (3, 6, parfois 9 mois), vous cotisez mais n’êtes pas ou peu remboursé sur ces postes.

    Si vous changez de mutuelle juste avant un gros devis dentaire, c’est un point à vérifier absolument.

    3. Attention à la suppression d’anciennes garanties utiles

    En cherchant à baisser la cotisation, on accepte parfois sans le voir :

  • la suppression du forfait médecines douces
  • une baisse des remboursements chez les spécialistes à honoraires libres
  • la disparition du forfait chambre particulière
  • Posez-vous une question simple : « Qu’est-ce que je perds concrètement avec ce nouveau contrat, et est-ce acceptable pour moi ? »

    Les bonnes questions à se poser avant de profiter de la résiliation infra-annuelle

    Pour transformer ce droit à résilier en avantage réel pour votre budget et votre santé, voici une courte checklist à passer en revue avant de signer un nouveau contrat :

  • Depuis combien de temps n’ai-je pas ajusté ma mutuelle ?
  • Mes besoins de santé ont-ils changé (lunettes, dents, hospitalisations, enfants, retraite) ?
  • Est-ce que je comprends clairement ce que ma mutuelle actuelle me rembourse sur : – l’optique ? – le dentaire ? – l’hospitalisation ? – les dépassements d’honoraires ?
  • Ai-je des devis récents (dentiste, opticien, spécialiste) pour comparer concrètement les remboursements entre l’ancien et le nouveau contrat ?
  • Le nouveau contrat comporte-t-il : – des délais de carence ? – des plafonds annuels bas sur les postes qui m’intéressent ? – des exclusions particulières ?
  • La cotisation proposée est-elle en cohérence avec mes revenus et mes priorités de budget ?
  • La date de prise d’effet de la nouvelle mutuelle est-elle bien calée juste après la fin de l’ancienne, pour éviter tout trou de couverture ?
  • En résumé, la « loi Hamon » telle qu’on la lit dans les publicités n’est pas exactement celle qui s’applique à votre mutuelle santé. Mais grâce à la résiliation infra-annuelle, vous disposez aujourd’hui d’une vraie liberté pour adapter votre complémentaire à vos besoins réels, au bon moment, sans être prisonnier d’une date d’échéance unique.

    Le levier est puissant. Utilisé sans réflexion, il peut être décevant. Utilisé avec quelques chiffres sous les yeux (devis, exemples de remboursements), il devient un excellent outil pour retrouver l’équilibre entre protection santé et budget.